Histoire de vie, histoire de genre…

L’identité de genre chez l’enfant se construit par l’interaction de trois dimensions : le sexe biologique, le milieu social dans lequel l’enfant naît et la représentation personnelle qu’a l’enfant de lui-même, ou comment il va intégrer les autres dimensions dans son développement. Au tout début, les embryons mâles et femelles sont identiques : les testicules des garçons apparaissent à partir de la 6ème semaine, les ovaires des filles à partir de la 10ème semaine seulement.  Les parents, les pairs, et la société en général aident l’enfant à se définir en tant que garçon ou fille.

Une étude d’Intons-Peterson et Reddel (1984) a étudié les questions posées aux parents annonçant par téléphone à leur famille ou à des amis la naissance d’un enfant. Dans 80% des cas, la première question posée était pour demander le sexe de l’enfant…

Parole de parent :

« – Pourquoi vous n’avez jamais voulu dire si c’était un garçon ou une fille ?

– Je t’explique, parce que j’ai des gens qui m’ont dit j’attends un garçon ou une fille machin et je trouve que quand la naissance arrive il n’y a plus la magie de l’enfant qui arrive – quand on sait et que la date est fixée parce que c’est une césarienne, bah, il y a la naissance et voilà quoi

En France, on peut distinguer le sexe du fœtus à l’échographie autour de la 12ème semaine dans la majorité des cas. En Inde, une loi interdit aux médecins de révéler le sexe du fœtus aux parents, pour éviter des avortements de fœtus masculins. La plupart des parents veulent savoir :

Parole de parent

« –  à chaque échographie j’ai insisté pour qu’on ait les deux prénoms, parce que avant ma naissance, Maman …l’écho n’existait pas, elle en a pas eu, et mon père était sûr que c’était un garçon qu’il appellerait Lucas, elle avait eu le pendule – c’est un garçon, le ventre en avant – c’est un garçon, et puis juste avant la naissance Maman lui a dit « et si c’est une fille, est-ce qu’on peut l’appeler Danuta ? » et mon père a pas fait trop attention il a dit oui oui… »

Et certains préfèrent quand même avoir la surprise :

Parole de parent

« – la dernière fois qu’on s’est vues, tu ne savais pas si c’était un garçon ou une fille…

– oui, on voulait la surprise. […]

Plusieurs études montrent que les adultes – et les parents en particulier attribuent des stéréotypes aux nourrissons. Ainsi, une étude de Karraker (1995) menée sur 40 couples de parents de filles ou de garçons demandait aux parents d’évaluer leurs enfants sur plusieurs échelles – la force physique, la finesse des traits, la robustesse et la féminité/masculinité. Malgré la ressemblance des nourrissons, les parents – ici pères et mères confondus – ont répondu que les bébés filles étaient plus faibles, avaient des traits plus fins, étaient plus délicates et plus féminines…

Personnellement,quand on m’envoie des photos, j’aurais du mal à dire la différence si on ne me l’avait pas annoncé avant…

alors …fille ou garçon ?

Un bébé sans genre ?

Au mois de mai dernier, les journaux anglais ont publié le « cas Storm ». Storm, quatre mois, est le troisième enfant d’une famille de Toronto, après deux garçons, Jazz, cinq ans, avec des couettes, une boucle d’oreille rose et des robes roses à paillettes, et Kio, deux ans, avec des cheveux mi-long et des leggings. Ils ont décidé d’élever leur troisième enfant comme « genderless » – « sans genre » jusqu’à ce qu’il soit en âge de « choisir », et à part les deux sages-femmes et les deux frères du bébé, personne ne sait si c’est un garçon ou une fille. Même les grands-parents ont reçu un faire-part «nous avons décidé de ne pas révéler le sexe de Storm pour le moment – un hommage à la liberté et au choix. » Le couple souhaite laisser l’enfant « découvrir par lui-même ce qu’il veut être » et le père déclare « nous avons remarqué que les parents prennent beaucoup trop de décisions pour leurs enfants – c’est odieux ! » La mère déclare: « que le monde entier sache ce qu’il y a entre les jambes du bébé est malsain, dangereux et voyeuriste. ». Le bébé est habillé en rouge et utilisent le pronom « she » (elle) mais « avec le ‘s’ entre parenthèses ».

Le Dr Beresin, psychiatre, explique qu’ « élever un enfant ni comme une fille ni comme un garçon crée en quelque sorte un monstre. Cela prépare le terrain pour des troubles identitaires ». Un autre psychiatre américain, le Dr Koplewicz, trouve ce comportement inquiétant et particulièrement délétère pour les deux autres enfants obligés de garder le secret. En 2009, un couple suédois avait déjà annoncé qu’ils élevaient leur enfant de deux ans, Pop, comme « neutre ». (Leonard, 2011) et en 2012, les médias britanniques révèlent également un cas en Angleterre, suite à la publication par la mère d’une vidéo de l’enfant sur Youtube. (Greenhill, 2012).


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