Quand le syndrome d’Asperger s’invite dans les séries : un moment de détente intelligente

Pour ceux qui seraient en vacances – ou qui auraient envie de faire semblant : un petit conseil série ! parenthood dvd

je vais de finir la dernière saison de Parenthood : une des meilleures des productions récentes, à mon avis, en particulier sur le plan psychologique. Comme la majorité des sagas familiales, cette série aborde différents sujets de société – allant de l’adoption au chômage, en passant par le divorce et l’homosexualité féminine. Non seulement ces thèmes sont abordés avec justesse et intelligence, mais un autre thème souvent mal -traité en fiction sous-tend les épisodes : l’autisme avec deux personnages atteints du syndrome d’Asperger (je ne dirai pas lesquels pour ménager le suspense). Là encore, les personnages sont vrais, sans exagération, et sans pathos

je recommande à 100% parenthood

Emission France Inter du 08/07/2015 « Au secours, je suis trop intelligent »

Décidément, les hauts potentiels sont à la mode sur France Inter – une autre émission, en date du 8 juillet

Encore une fois, je ne dirai rien sur le titre …

mais à part le titre et l’utilisation du terme « surdoué » qui me hérisse – il n’y a pas de « surdouance », il y a un bon potentiel de départ dans certains domaines qu’il faut développer  brain

et certaines remarques  comme « les zèbres ont un effet stroboscopique quand ils courent » …

L’émission est intéressante !

Je rejoins Béatrice Millêtre et les autres intervenants qui voient des patients arriver dans son bureau en se disant « mais si je découvre que je suis vraiment surdoué, je vais être malheureux toute ma vie » ; comme l’idée reçue que les enfants précoces sont forcément en échec scolaire, cette idée que l’intelligence rend malheureux est extrêmement répandue …

Non ! Si vous faites un sondage dans la salle d’attente d’un médecin, vous trouverez quasiment 100% de gens malades – si je regarde mon échantillon d’adultes à haut potentiel, certes, certains sont mal dans leur vie – mais pas tous, loin de là ! Justement, un bilan de QI à l’âge adulte aide à répondre à des questions qu’on se pose depuis longtemps, et permet de se sentir mieux;

j’aime la conclusion : l’intelligence est un facteur de résilience !

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Vice-versa – vers les TCA ?

Quand j’ai entendu parler du film Vice-Versa – à peu près il y a un an – j’étais contente. Le sujet me paraissait intéressant, et même utile. Un bon outil de travail avec les enfants.

Seule la traduction du titre me posait problème – Vice-versa, quel rapport avec le contenu du film ? Au contraire, Inside Out reflétait bien ces émotions qu’on garde en soi, et qui dans le film s’affichent au grand jour.

Et maintenant qu’il est sorti, je suis déçue, en colère même. Une fois de plus, les média véhiculent des schémas propices au développement des troubles du comportement alimentaire chez les enfants.  Des études ont déjà prouvé que de très jeunes enfants associent « gros » avec « méchant, mauvais » – et « maigre » avec « beauté, gentillesse » (voir dans mon prochain livre).vice versa

Là, c’est le cinéma qui s’en mêle – dans Vice-Versa, la Tristesse est représentée par une grosse petite fille mal attifée, et la Joie par une petite fille chic et mince …Ou comment dire aux enfants qu’être gros, c’est mal …

Etrangement, je me suis toujours représenté la tristesse comme une grande dame famélique …au corps décharné …

Si tu m’aimes …

Peut-on se lasser d’un « je t’aime » ?

Cette phrase entendue lors d’une réunion – eh oui, les psys ont de drôles de thématiques de réunion – m’a donné envie de poursuivre un peu la réflexion.

« Parler de l’amour est trop facile, ou bien trop difficile. Comment ne pas verser soit dans l’exaltation, soit dans les platitudes émotionnelles ? »[1] Me voilà donc prévenue par Paul Ricœur – je me hasarde sur un terrain miné. J’en ai conscience d’ailleurs, et ne pense nullement produire une œuvre magistrale et philosophique !

La sensation d’être aimé peut nous donner des ailes, l’impression qu’on pourrait franchir des montagnes. Qui ne désire pas être aimé ? love2

Nous savons tous qu’un enfant privé d’amour dans ses premiers mois ne peut pas se développer en temps qu’être humain. Vers la fin des années 1940, René Spitz a décrit le concept d’hospitalisme, observé sur des nourrissons élevés en institution, et donc privés d’amour parental. Malgré des soins nutritionnels et médicaux adaptés, ces enfants montraient un tableau dépressif avancé, un arrêt de leur développement, et même une régression dans les acquis intellectuels et moteurs.

L’amour est le premier lien que l’individu développe, normalement dès sa naissance. Amour- attachement d’abord, entre parents et enfant, puis amour-amitié quand l’enfant se socialise, puis amour-désir quand l’enfant devenu adolescent « tombe en amour ». Cette expression utilisée dans les pays anglo-saxons et au Québec laisse présager d’un chemin qui n’est pas forcément de tout repos….

« L’amour est enfant de Bohême, il n’a jamais connu de lois »[2], et comme « la vie de Bohême se vit sans façons »[3], l’amour vous tombe dessus sans qu’on s’y attende, l’amour se moque des convenances, de l’âge, du genre, du pays, de la couleur – personne ne peut juger une relation d’amour qui ne serait pas « comme il faut » parce qu’elle n’est pas comme les autres. L’ouverture de l’espace par le numérique nous offre un accès sans frontières au domaine des sentiments, avec les dangers d’un espace virtuel et masqué. On ne peut pas ignorer que des adolescents peuvent rencontrer des prédateurs, que des femmes vulnérables peuvent envoyer des fortunes à des escrocs, qu’au nom de l’amour des lois morales peuvent être transgressées sans sanction ou répression. A nous d’être vigilant et de ne pas se laisser prendre : on flatte votre ramage et votre plumage, mais n’oubliez pas « tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute » – nous devons savoir distinguer sentiments virtuels et réalité sentimentale. Un amour web-médié ne peut se concrétiser que par la rencontre de deux humanités.

« Si tu m’aimes, je me fous du monde entier » chante Edith Piaf. Vraiment ? Au début de l’histoire, dans la phase de cristallisation chère à Stendhal, l’état d’amour est certes idéal – je l’aime, il m’aime, nous sommes tous les deux dans notre bulle, rien ne peut nous atteindre. Et puis viennent les doutes – m’aime-t-il vraiment ? N’en aime-t-il pas une autre ? Et moi, est-ce que je l’aime vraiment ? Suis-je digne d’être aimée ?

On en vient à « Si tu l’aimes dis-lui, qu’elle est la femme de ta vie »[4]   – l’amour est plus fort avec des mots et des preuves – « l’amour est un bouquet de violettes »– cela rassure, cela (ré)conforte.violettes

Chacun d’entre nous a besoin de recevoir – et de donner – des preuves d’amour. Pas forcément à un compagnon, d’ailleurs – ça peut être des preuves d’amour- amitié, d’amour-bienveillance – des mots gentils, des actes de lien avec son entourage, ses voisins de palier, ses collègues, son animal de compagnie …Les pensées se devinent rarement, les actes tangibles demeurent le meilleur moyen de témoigner  à quelqu’un sa gratitude, son admiration, son amitié, ou son amour. Tout le monde n’est pas à l’aise avec le langage et le langage n’est pas toujours entendu ou entendable. Ainsi, « Si les objets inanimés qui rendent un son, comme une flûte ou une harpe, ne rendent pas des sons distincts, comment reconnaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe? Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat? De même vous, si par la langue vous ne donnez pas une parole distincte, comment saura-t-on ce que vous dites? Car vous parlerez en l’air. »[5] Pensons au destinataire du message autant qu’au sens qu’on veut lui donner.

« Quand on a que l’amour, Pour vivre nos promesses, Sans nulle autre richesse, Que d’y croire toujours ». L’amour donne des ailes – sans conteste. En écrivant cette phrase, j’ai écrit un lapsus « donne des aides » – un lapsus valide tout autant que la première idée. L’amour de l’autre permet l’ouverture au monde, apporte une richesse à la vie – richesse de sentiments, de ressentis, de sensations, de confiance en soi, de confiance en l’autre. On connaît tous ces paroles de Sartre – particulièrement adaptées à la canicule actuelle – « Alors c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru…Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le grill… Ah! Quelle plaisanterie. Pas besoin de grill : l’enfer c’est les autres. »[6] Qui n’y a pas pensé la semaine dernière dans le métro bondé, dans les embouteillages de départ en vacances, dans la foule des premiers jours de soldes…Mais le même Sartre écrit aussi « C’est là le fond de la joie d’amour, lorsqu’elle existe : nous sentir justifiés d’exister.»[7] Si l’enfer, c’est « les » autres, l’amour d’« un » autre peut être le moteur de l’existence, peut donner l’impression d’enfin avoir une justification à sa vie ; on existe dans les yeux de l’autre avant tout, et quand l’autre vous aime, tout devient plus facile. Un lien d’amour, fondé sur des sentiments et une confiance réciproque, transforme la vie et donne des ailes. Là encore, j’ai envie d’élargir cette notion à l’amour parental, à l’amour amical, à l’amour d’un animal …love1

Cependant,  parfois, le lien se resserre, et devient étouffant. « Si tu m’aimes, ne m’aimes pas » écrit Mony Elkaïm, illustrant ainsi une double contrainte – si tu m’aimes, laisse-moi ma liberté, si tu m’aimes, ne me fais pas souffrir, si tu m’aimes, laisse-moi vivre ! Si tu m’aimes, n’exige pas sans cesse ces fameuses preuves dont je parlais précédemment – si on doit les demander, elles deviennent chantage, monnaie d’échange, rançons, mais certainement plus témoignages sincères et sensibles. L’amour en devient relation comptable, la demande exigence – je t’aime, donc tu « dois » m’aimer

Et l’amour se transforme alors parfois en haine  –  «  je l’ai trop aimé pour ne le point haïr » déclare Hermione à propos de Pyrrhus. Une émotion forte ne peut se transformer qu’en émotion d’égale puissance. Et pourtant, cette haine n’arrive souvent qu’au prix d’une grande souffrance – une victoire pyrrhique, en quelque sorte. La souffrance d’avoir été déçu dans ses espérances, de s’être trompé sur celui ou celle avec qui on pensait avoir établi une relation sûre et durable, d’avoir investi dans quelque chose qui se révèle sans lendemain qui chante, sans lendemain tout court.

Et on en revient à cette idée d’argent, d’investissement- que faut-il investir dans cette entreprise de l’amour ? Pour Ricœur, “Le désir est cette espèce d’esprit d’entreprise qui monte du corps au vouloir, et qui fait que le vouloir serait faiblement efficace s’il n’était aiguillonné d’abord par la pointe du désir” . Quel capital faut-il fournir au départ pour le faire fructifier ? Doit-on chercher à faire des bénéfices, ou simplement à éviter la faillite ? Jacques Lacan disait « Aimer, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. » Là où je le rejoins, c’est qu’il est quasiment impossible d’aimer quelqu’un si on ne s’aime pas d’abord. Et s’aimer soi-même, c’est se faire confiance, se juger avec bienveillance, et se considérer comme digne d’être aimé. « S’aimer soi-même est le début d’une histoire d’amour qui durera toute une vie. »[8]IMGP0210

[1] Ricoeur, P., (2008), Amour et Justice, Paris, Points Essais.

[2] Carmen, Bizet

[3] « C’est la vie de Bohême », Bourvil, George Guétary

[4] Elsa, T’en va pas

[5] 1ère Epître de Paul aux Corinthiens

[6] Jean-Paul Sartre, Huis Clos

[7] Jean-Paul Sartre, L’être et le Néant

[8] Oscar Wilde, Phrases and Philosophies for the Use of the Young (1894)

« L’anorexie, ce n’est pas un caprice »

Une autre bonne émission de France Inter – Service Public, cette fois sur l’anorexie et les troubles du comportement alimentaire

Vraiment bien menée, avec Philippe Jeammet – ils abordent aussi l’anorexie masculine, les sites ….

beaucoup de thèmes dont je parle dans mon prochain livre – sortie en Septembre 2015 !

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1112917 ANOR

Les je-nous du psychologue 

Avez-vous remarqué qu’il y a beaucoup de gynécologues hommes ? Et pourtant, ça ne les empêche pas d’être de très bons professionnels. Le « ça » désignant bien sûr le fait qu’ils soient dépourvus d’utérus, d’ovaires, et de la capacité d’enfanter. Ne pas avoir vécu soi-même un événement de vie ne prive donc pas de la possibilité de le soigner. C’est même ce que l’on demande aux psychologues – la neutralité, ou le « blank screen » – l’écran vide. Face aux récits de vie des patients, nous nous devons d’être  sans opinion, sans avis – sans vécu personnel ?

Et pourtant …Comment choisir autrement son thérapeute que par le contact de son humanité avec notre humanité ?  Son accueil, son écoute, ses paroles, son cabinet, voire même parfois son physique ou ses vêtements nous séduisent ou au contraire nous rebutent. La thérapie commence par la rencontre entre deux « je », qui vont devenir un « nous ». Car le travail ne peut pas être unilatéral. divan ours

En choisissant le titre de cet article, le jeu de mots m’a fait réfléchir à d’autres rencontres, celles pour lesquelles on se met « à genoux ». On se met à genoux pour parler à un enfant, ou pour caresser un animal – on se met à leur hauteur, pour ne pas les intimider, pour partager leur regard du monde, pour établir une communication d’égal à égal. On partage un moment de vie. Il y a de ça également dans la rencontre patient-thérapeute – il ne s’agit pas pour le thérapeute d’écraser le patient par sa science ou par son statut. Au contraire, à lui de se rendre le plus disponible possible – et c’est bien sûr encore plus vrai dans les thérapies d’enfants.

L’autre moment où l’on peut se mettre à genoux, c’est à l’église, ou tout simplement pour prier – du moins dans la religion chrétiennepassy. Là, nul désir d’être à égalité avec la personne à laquelle on s’adresse – il s’agit au contraire d’une indication de soumission, de reconnaissance de la puissance de Dieu face à notre impuissance d’être humain. Et pourtant, là encore, il y a un partage : souvent, une demande d’aide ou de protection, parfois, une plainte, plus rarement – on songe difficilement à dire merci – une action de grâce. Un cantique intitulé « Trouver dans ma vie ta présence » contient ces paroles « donner sans rien attendre en retour, aimer, et se savoir aimé ». Dans le cas du protestantisme, c’est en effet le présupposé – Dieu nous aime gratuitement, il n’attend rien en retour – et par là même, il nous rend capable d’aimer nos semblables. Et dans la thérapie ?

Loin de moi l’idée de comparer le thérapeute à une quelconque puissance divine. Et pourtant …Selon Irvin Yalom, dans son livre « Le bourreau de l’amour», « Bien que le public puisse penser que les thérapeutes guident les patients systématiquement et sûrement par différentes étapes de thérapie vers un but pré-connu, c’est en fait rarement le cas. Au lieu de ça, les thérapeutes hésitent souvent, improvisent et tâtonnent. L’énorme tentation de trouver la certitude par l’adhésion à une école idéologique et un système thérapeutique « bien ficelé » est traître : une telle croyance peut bloquer la rencontre spontanée et incertaine nécessaire à l’efficacité de la thérapie. » Et c’est souvent ce qu’on ressent – le patient attend souvent de nous une science infuse, une méthode miracle, un sésame qui ouvrirait toutes les portes, une solution à tous les maux. Dans une société qui va de plus en plus vite, où d’un simple clic de souris on peut avoir accès à la planète entière, il est difficile pour l’individu, surtout quand il est en souffrance, d’imaginer que le chemin va être long, qu’il va lui-même devoir trouver les clés, qu’il va être soutenu, mais qu’on ne possède pas non plus la carte magique qui mène vers le trésor des pirates. La question la pire, à mon avis, pour un thérapeute, c’est « dans combien de temps croyez-vous que je vais m’en sortir ? » Comment répondre ?

La thérapie devrait être, dans un monde idéal, un lieu où l’on « donne sans rien attendre en retour ». Ou en tout cas, pas un retour sur investissement, ni un retour par courrier express – plutôt un retour par pigeon voyageur. Pour le patient, il devrait pouvoir donner sa parole dans un cadre bienveillant et accueillant, en la libérant de manière à ce que ses traumas se dénouent au fil des mots. Et pour le thérapeute, il s’agit de donner cette écoute et cet accueil sans avoir en arrière–pensée l’idée qu’il va tel le Messie résoudre la misère du monde – et celle de son patient par la même occasion. Un autre retour qu’il est souvent difficile pour le thérapeute de ne pas recevoir est une suite, voire une conclusion – il arrive parfois qu’une thérapie s’achève sans épisode final – le patient ne revient pas, et vous n’avez plus jamais de ses nouvelles.

Toujours selon Yalom, « les thérapeutes ont un double rôle : ils doivent à la fois observer et participer à la vie de leurs patients. En tant qu’observateur, on doit être suffisamment objectif pour fournir la guidance nécessaire rudimentaire au patient. En tant que participant, on entre dans la vie du patient et on est affecté et parfois changé par cette rencontre. »

On comprend plus aisément comment l’interruption brutale d’une relation thérapeutique, comme d’ailleurs toute rupture de lien interpersonnel, peut être difficile et interroger. Là encore, pensons qu’il faut « donner sans rien attendre en retour ». J’exclue bien sûr toute considération matérielle – il est quand même particulièrement rare que les psychologues deviennent milliardaires !

La suite du cantique est-elle moins transposable ? « Aimer et se savoir aimé » – est-ce possible dans une relation thérapeutique patient-psy ?  Le français, soi-disant la langue du romantisme et de l’amour par excellence, est en fait singulièrement pauvre quant au mot « amour ». Le grec ancien nous offre  beaucoup plus de possibilités : il nous propose éros, l’amour physique et charnel, storgè, l’amour familial, philia, l’amour amitié, et agapè, l’amour désintéressé, bienveillant.

Si on prend « aimer » au sens de l’amour- éros, ce n’est bien évidemment pas applicable. Il est hors de question qu’une CVT_Le-bourreau-de-lamour_4690relation d’amour physique s’établisse entre patient et thérapeute. Si on l’entend au sens « agapè », il faut se reposer la question. Yalom – toujours lui – écrit : « Vu que les thérapeutes, tout autant que les patients, doivent se confronter aux données de l’existence, la posture professionnelle d’objectivité impersonnelle, si nécessaire à la méthode scientifique, est inappropriée. En tant que psychologues, nous ne pouvons pas simplement murmurer notre compassion et exhorter les patients à combattre leurs problèmes. Nous ne pouvons pas leur dire vous et vos problèmes. Nous devons au contraire parler de nous, et de nos problèmes, car notre vie, notre existence, seront toujours liées à la mort, l’amour, la perte, la liberté, la peur, la croissance et la séparation. Nous sommes tous dans le même bateau. »

La rencontre thérapeutique est avant tout une rencontre entre deux individualités, entre deux êtres humains qui partagent des peurs et des croyances, un système de valeurs parfois, un espace de vie toujours. Chez les protestants, n’importe qui peut prêcher lors du culte – le pasteur n’a pas le statut de représentant de l’autorité de l’Eglise comme peut l’avoir le prêtre. De même, le psychologue n’est pas le représentant d’une quelconque autorité supérieure – il a certes des connaissances théoriques que ne possède peut-être pas le patient – mais il a surtout une disponibilité psychique qu’il met au service de son patient, et une humanité qu’il partage avec lui. Il  s’agit donc bien d’amour- agapè, d’un regard bienveillant et d’un partage qui fait que le patient se sent à même d’être entendu, compris, et reconnu en tant qu’être en souffrance. L’espace thérapeutique, comme le lieu de culte, doit permettre à cette souffrance d’être exprimée, et par là même extériorisée, sans être jugée – c’est dans ce non-jugement qu’on retrouve la neutralité du thérapeute. On ne peut pas être neutre – on « est », donc par définition, on ne peut pas être « vide » ou « neutre ». Par contre, on peut offrir un accueil inconditionnel et humain.

La légende populaire veut que du psy au patient, le plus fou ne soit pas celui qu’on croit …Yalom se fait l’écho de la voix du peuple : « Cette rencontre, le cœur même de la thérapie, est une réunion attentionnée et profondément humaine entre deux personnes, l’une (en général, mais pas toujours, le patient) plus troublée que l’autre. […] La « patientalité » est partout : l’étiquette est très largement arbitraire, et dépend souvent davantage de facteurs culturels, éducatifs et économiques que de la sévérité de la pathologie. » Ce qui est vrai, c’est qu’on ne peut pas être thérapeute sans avoir soi-même travaillé sur soi, et qu’on décide souvent de travailler sur soi quand quelque chose dans sa vie va mal. J’ai entendu peu de gens dire « Tout va très bien, je vais aller voir un psy ». La thérapie systémique utilise d’ailleurs le concept de « résonance » – Mony Elkaïm, en particulier, explique que « les sentiments qui naissent chez tel ou tel membre du système thérapeutique ont un sens et une fonction par rapport au système même où ils émergent. Indiquant les ponts spécifiques qui sont en train de se constituer entre les membres de la famille et le thérapeute, ils désignent un ensemble de régions et de croyances qui méritent d’être méthodiquement explorées. » Dans une thérapie duelle, le système existe également, entre le thérapeute et son patient – et la résonance  apparaît comme le « vécu surgissant à l’intersection des constructions du monde de différents individus ou de différents systèmes humains » – vécu commun aux deux participants.

Ce qui est également vrai, et c’est là que je vais contredire Irvin Yalom, c’est qu’on ne peut pas aider quelqu’un si on est soi-même dans la souffrance. Le bon thérapeute n’est pas celui qui a eu la vie facile, ni celui qui n’a jamais eu besoin de consulter – c’est celui qui a su chercher de l’aide, et qui a pu ainsi se construire en tant qu’être humain capable d’accueillir la souffrance de l’autre sans projeter la sienne.

Emission de France Inter « Pourquoi les enfants surdoués ne sont pas forcément des têtes à claque ? »

Je remercie mon amie Nadine Kirchgessner qui l’a signalée sur Facebook !

http://www.franceinter.fr/emission-ca-va-pas-la-tete-pourquoi-les-enfants-surdoues-ne-sont-pas-forcement-des-tetes-a-claque

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Je ne commenterai même pas le titre …

Quelques remarques sur le fond

  • Le terme « gifted » ou « doué » semble le plus approprié…Pas vraiment – c’est pourquoi on a choisi « haut potentiel – hp  » – et pas seulement pour faire « corporate » comme dit le journaliste – plutôt parce qu’il s’agit d’un potentiel, de ressources à développer, pas d’un « don » miraculeux. Surtout, il ne s’agit pas d’être « doué » en tout. Autre chose – cela signifierait que les non-hp ne sont pas doués ? Cela me choque – chaque enfant est unique, chaque enfant a des dons. On m’a dit dans une conférence « les enfants hp ne sont pas des enfants extraordinaires » : j’ai répondu que pour moi, tous les enfants, hp ou pas, étaient « extraordinaires »
  • Le fameux marronier de l’échec scolaire – 2/3 des enfants hp seraient en échec scolaire. Un chiffre qui a été repris dans la presse quotidienne la plus sérieuse – sans que jamais n’en soit apportée la preuve. En fait, ce pourcentage a été tiré d’une étude américaine faite par Lewis Terman, de l’Université de Stanford, commencée en …1928, et effectuée sur un échantillon extrêmement discutable …Peut-on dire, « autre temps, autres mœurs » ? Ce pourcentage sans aucun fondement est pourtant un sujet majeur d’inquiétude pour la plupart des parents d’enfants à haut potentiel.

Ici, un des intervenants expliquent qu’une psychologue teste régulièrement des enfants en échec scolaire, et que rares sont ceux qui sont surdoués …Un syllogisme bien bancal – certes, il ne faut pas supposer que tous les enfants en échec sont à haut potentiel – mais dans ma pratique, les cas ne sont pas si rares que ça !

  • Jeanne Siaud –Facchin aurait dit qu’un enfant avec un QI de 140 pouvait ne pas être précoce. Etrange histoire …Une pipe n’est pas une pipe, certes – mais autant un enfant hp peut rater sciemment – ou pas – un test de QI, autant un enfant non hp peut difficilement devenir hp par miracle …ou alors, le psychologue ne sait pas faire passer un wisc
  • Les enfants hp moins angoissés ?? là encore, je m’inscris en faux – ils n’ont pas seulement des angoisses métaphysiques. En effet, ils s’interrogent sur la mort, sur le monde, sur l’univers – récemment, l’un d’entre eux m’a raconté des choses passionnantes sur l’espace-temps, et ce qui se passerait si la machine à remonter le temps existait. Il avait huit ans. Ils sont angoissés par les résultats scolaires, par le couple de leurs parents, par des situations du quotidien que leur hypersensibilité peut rendre délicates  – un peu plus tard il y a une prévalence de troubles alimentaires et d’auto-mutilation …Alors si, ils sont angoissés ! Mais heureusement, s’ils sont repérés à temps, on peut les aider …

A part ces quelques points, l’émission est intéressante – on aurait pu citer plus d’ouvrages…

Je recommande en tout cas l’ouvrage de Nicolas Gauvrit – pertinent, clair, sans inexactitudes.