Emission de France Inter « Pourquoi les enfants surdoués ne sont pas forcément des têtes à claque ? »

Je remercie mon amie Nadine Kirchgessner qui l’a signalée sur Facebook !

http://www.franceinter.fr/emission-ca-va-pas-la-tete-pourquoi-les-enfants-surdoues-ne-sont-pas-forcement-des-tetes-a-claque

hp blog2

Je ne commenterai même pas le titre …

Quelques remarques sur le fond

  • Le terme « gifted » ou « doué » semble le plus approprié…Pas vraiment – c’est pourquoi on a choisi « haut potentiel – hp  » – et pas seulement pour faire « corporate » comme dit le journaliste – plutôt parce qu’il s’agit d’un potentiel, de ressources à développer, pas d’un « don » miraculeux. Surtout, il ne s’agit pas d’être « doué » en tout. Autre chose – cela signifierait que les non-hp ne sont pas doués ? Cela me choque – chaque enfant est unique, chaque enfant a des dons. On m’a dit dans une conférence « les enfants hp ne sont pas des enfants extraordinaires » : j’ai répondu que pour moi, tous les enfants, hp ou pas, étaient « extraordinaires »
  • Le fameux marronier de l’échec scolaire – 2/3 des enfants hp seraient en échec scolaire. Un chiffre qui a été repris dans la presse quotidienne la plus sérieuse – sans que jamais n’en soit apportée la preuve. En fait, ce pourcentage a été tiré d’une étude américaine faite par Lewis Terman, de l’Université de Stanford, commencée en …1928, et effectuée sur un échantillon extrêmement discutable …Peut-on dire, « autre temps, autres mœurs » ? Ce pourcentage sans aucun fondement est pourtant un sujet majeur d’inquiétude pour la plupart des parents d’enfants à haut potentiel.

Ici, un des intervenants expliquent qu’une psychologue teste régulièrement des enfants en échec scolaire, et que rares sont ceux qui sont surdoués …Un syllogisme bien bancal – certes, il ne faut pas supposer que tous les enfants en échec sont à haut potentiel – mais dans ma pratique, les cas ne sont pas si rares que ça !

  • Jeanne Siaud –Facchin aurait dit qu’un enfant avec un QI de 140 pouvait ne pas être précoce. Etrange histoire …Une pipe n’est pas une pipe, certes – mais autant un enfant hp peut rater sciemment – ou pas – un test de QI, autant un enfant non hp peut difficilement devenir hp par miracle …ou alors, le psychologue ne sait pas faire passer un wisc
  • Les enfants hp moins angoissés ?? là encore, je m’inscris en faux – ils n’ont pas seulement des angoisses métaphysiques. En effet, ils s’interrogent sur la mort, sur le monde, sur l’univers – récemment, l’un d’entre eux m’a raconté des choses passionnantes sur l’espace-temps, et ce qui se passerait si la machine à remonter le temps existait. Il avait huit ans. Ils sont angoissés par les résultats scolaires, par le couple de leurs parents, par des situations du quotidien que leur hypersensibilité peut rendre délicates  – un peu plus tard il y a une prévalence de troubles alimentaires et d’auto-mutilation …Alors si, ils sont angoissés ! Mais heureusement, s’ils sont repérés à temps, on peut les aider …

A part ces quelques points, l’émission est intéressante – on aurait pu citer plus d’ouvrages…

Je recommande en tout cas l’ouvrage de Nicolas Gauvrit – pertinent, clair, sans inexactitudes.

4 réflexions sur “Emission de France Inter « Pourquoi les enfants surdoués ne sont pas forcément des têtes à claque ? »

  1. Nicolas Gauvrit dit :

    Bonjour, quelques réponses rapides à certaines de vos critiques :

    Pour la dénomination, vous avez des arguments raisonnables, mais cela reste subjectif de toute manière, pour préférer « HPI » à « doués ». C’est l’aspect modéré par rapport à « surdoués » qui me plait dans « doués ». Pour « HPI » on pourrait aussi rétorquer que des enfants avec un QI ordinaire peuvent devenir brillants à force de travail, même dans des domaines intellectuels, et que donc HPI ne convient pas… Par exemple, le seul prix Nobel de la présélection de l’étude de Terman n’a pas été retenu car considéré comme non surdoué. Pourtant, le résultat prouve qu’il était « à haut potentiel »… Mais c’est un point sans importance de toute manière.

    PRÉVALENCE DE L’ÉCHEC SCOLAIRE

    Auriez-vous la référence des « deux tiers » d’échec scolaire chez Terman? Cela me semble très étrange et il faudrait, de toute manière, comparer cette proportion au taux d’échec dans le reste de la population à cette époque… Ce qui est certain, c’est qu’il conclut que les surdoués réussissent bien mieux leurs études que les autres, un résultat qui a été confirmé par une étude remarquable de l’INED portant sur 126 000 élèves en 1965 en France—étude que je cite dans mon article à paraître dans ANAE:
    Gauvrit, N. (sous presse). Précocité intellectuelle: un champ de recherches miné. ANAE.

    ECHEC SCOLAIRE ET HPI

    J’ai dit qu’une psychologue teste régulièrement des enfants en échec scolaire DONT LES PARENTS PENSENT QU’ILS SONT SURDOUÉS, PARCE QU’ILS SONT EN ÉCHEC. L’objet de cette phrase est de montrer qu’il y a souvent cette idée chez les parents que le haut potentiel favorise l’échec scolaire à tel point que l’échec serait un signe de précocité, ce qui est faux. Vous pouvez avoir l’impression inverse du fait que les enfants que vous recevez ne constituent pas un échantillon représentatif des enfants HPI, mais les données ne vont pas dans ce sens.
    D’autre part il ne faut pas confondre « un enfant HPI est souvent en échec » (ce qui est discutable, mais admettons) et « un enfant en échec est souvent HPI », ce qui est grossièrement faux. La plupart des enfants en échec sont dans la norme (QI entre 70 et 130). Puisque la norme représente 95% des enfants, quand bien même ils seraient 18 fois moins susceptibles de vivre un échec scolaire, ils resteraient majoritaire parmi les échecs. Viennent ensuite les enfants avec retard mental, dont le risque d’échec est évidemment très élevé. Même en faisant l’hypothèse irréaliste et pessimiste que les HPI et les enfants avec retard mental ont la même probabilité d’échec, et que cette probabilité est 5 fois plus faible chez les autres enfants, cela ferait 10% d’HPI parmi les échec scolaire. Déduire que son enfant est HPI d’un échec scolaire est donc de toute évidence une prédiction risquée…

    ANXIÉTÉ

    Sur l’anxiété, votre impression est certainement très forte, mais il y a maintenant eu des méta analyses sur la question. Pour vous qui utilisez les résultats scientifiques au quotidien, il paraît étrange de faire passer son intuition (dont vous savez bien qu’elle peut être trompeuse) devant plus d’une dizaine d’études indépendantes… Pour une référence en Français, voir mon billet ici http://www.scilogs.fr/raisonetpsychologie/les-enfants-intellectuellement-precoces-sont-ils-particulierement-anxieux/
    Ou, bien mieux, la méta analyse plus détaillée de Martin et al. (2010)
    Martin, L. T., Burns, R. M., & Schonlau, M. (2010). Mental disorders among gifted and nongifted youth: A selected review of the epidemiologic literature. Gifted Child Quarterly, 54(1), 31-41. doi:10.1177/0016986209352684
    Les auteurs concluent que l’anxiété et la dépression sont moins fréquentes chez les HPI.

    Encore une fois, comme clinicienne vous n’avez pas accès à un échantillon représentatif des HPI. Il est fort possible que ceux que vous rencontrez soient particulièrement anxieux, mais vous ne pouvez pas généraliser à l’ensemble de HPI, dont la plupart ne sont jamais repérés. C’est ce qui fait l’importance des études épidémiologiques.

    Merci de m’avoir lu, et désolé pour ce commentaire interminable 😉

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    • Bonjour Nicolas
      je préfère un long commentaire bien argumenté qu’un commentaire court et sans intérêt 🙂
      à mon tour de répondre
      Echec scolaire : je crois que nous sommes d’accord sur ce point « D’autre part il ne faut pas confondre « un enfant HPI est souvent en échec » (ce qui est discutable, mais admettons) et « un enfant en échec est souvent HPI », ce qui est grossièrement faux » – c’est ce que je dis également
      j’en ai en effet testé en échec et HP, mais souvent, ce n’est pas par une intuition parentale – plutôt contre l’opinion des parents d’ailleurs
      pour Terman, je n’ai pas la référence précise – j’ai une source orale fiable, mais ça fait un certain temps que je pense à la vérifier – ce qui est certain, c’est que ce pourcentage est aberrant, et je crois que nous sommes d’accord là-dessus

      – pour l’anxiété – je suis clinicienne mais aussi universitaire, donc j’ai lu les études
      je pense que la variable culturelle joue beaucoup sur cette caractéristique – on ne peut pas comparer les US et la France sur le modèle éducatif, par exemple, ni parentale ni institutionnel, et c’est quand même un facteur majeur
      les 2 études françaises sont sur des échantillons réduits, et d’ailleurs, la 2ème conclue à plutôt plus d’anxiété ( ceci dit, la provenance des élèves serait là encore à discuter …)
      d’autre part
      la première présente un échantillon totalement biaisé niveau genre – or, dans ce que j’ai pu observer, les filles présentaient plus d’anxiété que les garçons (or , échantillon de 26 filles pour 80 garçons)
      le R CMAS ne met pas non plus en évidence toutes les formes d’anxiété, et pour finir, la classe d’âge 8-12 n’est pas à mon avis la plus touchée
      là où je vous rejoins, c’est que si on fait un sondage dans une salle d’attente de médecin, 95% de l’échantillon seront malades
      pour ma part, mes observations sont certes en partie biaisées, mais elles proviennent aussi de recherches universitaires et d’une partie de ma patientèle qui vient uniquement pour le test, et pas pour un suivi …

      Voilà – ce que j’en déduis, c’est que ça reste un domaine trop peu étudié !
      merci en tout cas pour votre commentaire et votre livre, que je recommande toujours dans mes conférences

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      • Nicolas Gauvrit dit :

        Merci pour cette réponse rapide et argumentée, c’est un plaisir de discuter sur de bonnes bases 🙂

        Sur l’anxiété, je suis d’accord avec vous pour dire que des effets culturels sont très probables, même si je ne pense pas (mais c’est seulement une hypothèse) qu’ils soient assez forts pour inverser le lien HPI-anxiété. Mettons que pour cette raison vous vouliez vous cantonner aux études Françaises. Les deux études disponibles ne trouvent pas de différences significatives (à niveau scolaire égal en tout cas). Vous avez raison de dire que ces études sont douteuses, mais je ne vois alors que deux positions rationnelles ici. Soit vous dites « dans l’état actuel des connaissances, il semble que les surdoués soient aussi ou moins anxieux que les autres » (ça pourrait changer bien sûr), soit vous dites « il n’y a pas assez de données fiables, et on ne peut pas se prononcer pour la France » (je serais d’accord avec ça). Mais affirmer le contraire des conclusions des études me semblent très peu scientifique.

        Si la classe d’âge 8-12 ans n’est pas la bonne tranche à étudier et que le R-CMAS n’est pas une bonne mesure, dans ce cas il n’y a aucune étude fiable à se mettre sous la dent, et votre affirmation d’une plus grande anxiété repose uniquement sur vos impressions.

        Un petit teaser maintenant : nous venons de décortiquer des données collectées sur un vrai bon échantillon, basé sur la population générale, et contenant quelques dizaines de surdoués de 5 ans. Nous n’avons, à nouveau, pas trouvé de différence significative (certes, la puissance est malheureusement faible).

        Vous dites « mes observations […] proviennent aussi de recherches universitaires et d’une partie de ma patientèle qui vient uniquement pour le test, et pas pour un suivi ». Pour les recherches universitaires, je ne suis pas d’accord. Elles ne vont pas dans ce sens. Quant à votre patientèle, vous savez bien que quelqu’un qui prend rendez-vous « juste pour passer un test » est souvent poussé par autre chose, par exemple une forme d’anxiété.

        En conclusion, je pense qu’on pourrait s’accorder sur quelque chose de prudent comme « à cause d’un possible effet culturel, les données disponibles ne suffisent pas pour conclure dans un sens ou l’autre pour la France ». Il est possible que de nouvelles études vous donnent raison à l’avenir, mais dans l’état actuel des connaissances, l’affirmation que les HPI sont plus anxieux que les autres, même en se cantonnant à la France, est seulement une hypothèse qui reste entièrement à valider.

        Dans mes conférences, je donne en général l’information « internationale » que les HPI sont plutôt moins ou aussi anxieux que les autres, mais pas plus, et j’ajoute ensuite qu’il y peut-être un effet culturel, et qu’il est possible qu’on découvre un jour que c’est faux en France. A la radio, on est obligé de faire plus court, bien sûr.

        ====

        Et pour finir sur une note positive, je suis bien d’accord avec votre conclusion. C’est un domaine trop peu étudié et surtout trop mal étudié…

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      • je suis tout à fait d’accord sur le « on n’a pas assez d’études fiables »

        Pour le RCMAS – il est utile et solide, mais il faudrait y rajouter des entretiens je pense – les questionnaires seuls ne sont pas forcément de bons reflets de la réalité – surtout avec des hp

        et aussi d’accord d’ailleurs sur le fait de dire que mes observations ne sont pas scientifiques – purement empiriques ; quand je parlais d’études universitaires, je voulais parler de celles auxquelles j’ai participé ou que j’ai menées et qui m’ont permis de rencontrer des hp ne consultant pas – donc plus « neutres » que mes patients – donc avec tout ça, j’ai un échantillon au moins aussi grand que les études françaises – mais plutôt plus féminin

        pour le teaser – je serai très contente de voir les conclusions – même si pour moi, 5 ans n’est pas l’âge le plus anxieux, il y aura sûrement des choses intéressantes

        et je compte aussi contribuer un jour prochain aux études – ce n’est pas le sujet de mon prochain bouquin, mais bien de mes prochaines recherches …

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