Pitié ! pas de « Child genius » – Petits génies – français – M6 peut trouver d’autres concepts

ce que je prédisais arrive sur nos écrans, malheureusement !

Ce matin, j’ai eu un réflexe stupide, comme beaucoup d’entre nous – j’ai  consulté mes mails sur mon smartphone.  L’un de ces mails m’a tellement énervée que j’ai raté l’entrée du parking où je me gare plusieurs fois par semaine depuis sept ans …

Ce mail m’annonçait que M6 allait adapter pour la France l’émission Child Genius .  Cette émission britannique passe depuis quelques années sur Channel 4 outre-Manche. Il s’agit de faire concourir à des tests de mémoire, de mathématiques et de culture générale des « enfants prodiges » .child genius2

Le Daily Mail a titré en 2014 « est-ce l’émission la plus cruelle de la tv ? » ; de nombreux psychologues se sont élevés contre le concept. On y voit des enfants ultra-stressés, soumis à des révisions intensives par leurs parents, fondant en larmes s’ils ne sont pas les meilleurs. On y voit le pire des parents d’enfants « surdoués » – entre autres, la mère d’Aliayah – psychologue …- qui fait porter à sa fille des semelles rebondissantes pour stimuler les ondes cérébrales, la force à ingurgiter des jus de légumes, et l’entraîne avec un chronomètre, tout en déclarant qu’elle-même et son mari sont  « aussi des génies ».

Je suis anglophile à 99.9 % – aussi pour leurs programmes télévisés, qui sont souvent risqués – mais pas forcément choquant. Que des gens veuillent se montrer nus dans la jungle, soit ; qu’ils avalent des araignées vivantes, soit ; qu’on nous montre des déjections humaines dans des tubes à essais, soit ; qu’on joue à faire maigrir en direct des obèses, et à faire grossir des anorexiques …déjà beaucoup plus difficile à accepter, mais ce sont des adultes.child genius1child genius4

Qu’on « torture » des enfants en direct, et qu’en plus on alimente tous les stéréotypes possibles sur les enfants à haut potentiel …NON

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2715076/Cruellest-reality-TV-Brilliant-children-reduced-tears-excruciatingly-difficult-tests-gaze-Britain-s-pushiest-parents-As-backlash-grows-against-Channel-4-s-Child-Genius-parenting-expert-gives-view.html

 

http://www.dailymail.co.uk/tvshowbiz/article-3145275/Humiliating-eight-year-olds-ratings-C4-ashamed-CHRISTOPHER-STEVENS-reviews-night-s-TV.html

 

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2722388/Child-cruelty-Viewers-fury-TV-genius-contest-left-two-boys-tears-lost-fellow-contestant.html

Du non-échec scolaire des individus à haut potentiel

Petit « coup de gueule » contre un mythe que j’entends trop souvent ces jours-ci dans les média

Années 1920 aux Etats-Unis …Lewis Terman, de l’Université de Stanford, commence à étudier une population d’enfants à haut potentiel, d’âge moyen 11 ans…

Cette étude est mémorable et importante, car elle a porté sur plus de 2000 sujets ! 671 filles et 857 garçons hp, et 600 enfants pour le groupe témoin (servant de comparaison). Et de plus, les 1528 sujets hp  ont été suivis par les scientifiques pendant plus de 75 ans ! A l’aide de questionnaires portant sur leurs intérêts, leurs performances scolaires, mais aussi leur vie professionnelle, familiale, leur santé, ces « termites », comme ils ont été appelés, ont permis de faire avancer sensiblement la recherche sur le haut potentiel, et surtout de déconstruire de nombreux mythes.

En 1959, Terman publie avec Oden Genetic Studies of Genius : the gifted group in mid-life, dans lequel il décrit entre autres les résultats de son étude sur le plan professionnel …

Au chapitre 2, Terman et Oden indiquent que les sujets ont beaucoup mieux réussi dans leurs carrières que la moyenne de la population.

Au chapitre 6, les auteurs précisent que 87% des hommes et 83%  femmes sont allés à l’université, et que 70% de ces hommes et 67% de ces femmes – l’écart s’explique par la propension des femmes américaines dans les années 1940-1950 à arrêter les études pour fonder une famille – ont obtenu leur diplôme – comparé à 8% de la population générale à l’époque….

Ceux qui n’étaient pas allés à l’université invoquaient principalement le manque d’argent pour financer leurs études et le manque de soutien parental ;

Au chapitre 7, ils détaillent les carrières des individus hp – bien que les métiers allaient de semi-qualifiés à top niveau, comme des professeurs d’université, des scientifiques ou des chefs d’entreprises, la majorité du groupe occupait des postes à responsabilité et de haut niveau. La moitié environ des femmes avait un emploi – encore une fois, années 40/50 – et certaines avaient accédé à des postes de haut niveau. La majorité déclarait un haut niveau de satisfaction professionnelle et personnelle.

Alors, quid des 30% d’échec scolaire ?

Et pourtant, le mythe dure et perdure …

Emission France Inter du 08/07/2015 « Au secours, je suis trop intelligent »

Décidément, les hauts potentiels sont à la mode sur France Inter – une autre émission, en date du 8 juillet

Encore une fois, je ne dirai rien sur le titre …

mais à part le titre et l’utilisation du terme « surdoué » qui me hérisse – il n’y a pas de « surdouance », il y a un bon potentiel de départ dans certains domaines qu’il faut développer  brain

et certaines remarques  comme « les zèbres ont un effet stroboscopique quand ils courent » …

L’émission est intéressante !

Je rejoins Béatrice Millêtre et les autres intervenants qui voient des patients arriver dans son bureau en se disant « mais si je découvre que je suis vraiment surdoué, je vais être malheureux toute ma vie » ; comme l’idée reçue que les enfants précoces sont forcément en échec scolaire, cette idée que l’intelligence rend malheureux est extrêmement répandue …

Non ! Si vous faites un sondage dans la salle d’attente d’un médecin, vous trouverez quasiment 100% de gens malades – si je regarde mon échantillon d’adultes à haut potentiel, certes, certains sont mal dans leur vie – mais pas tous, loin de là ! Justement, un bilan de QI à l’âge adulte aide à répondre à des questions qu’on se pose depuis longtemps, et permet de se sentir mieux;

j’aime la conclusion : l’intelligence est un facteur de résilience !

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1124043

Emission de France Inter « Pourquoi les enfants surdoués ne sont pas forcément des têtes à claque ? »

Je remercie mon amie Nadine Kirchgessner qui l’a signalée sur Facebook !

http://www.franceinter.fr/emission-ca-va-pas-la-tete-pourquoi-les-enfants-surdoues-ne-sont-pas-forcement-des-tetes-a-claque

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Je ne commenterai même pas le titre …

Quelques remarques sur le fond

  • Le terme « gifted » ou « doué » semble le plus approprié…Pas vraiment – c’est pourquoi on a choisi « haut potentiel – hp  » – et pas seulement pour faire « corporate » comme dit le journaliste – plutôt parce qu’il s’agit d’un potentiel, de ressources à développer, pas d’un « don » miraculeux. Surtout, il ne s’agit pas d’être « doué » en tout. Autre chose – cela signifierait que les non-hp ne sont pas doués ? Cela me choque – chaque enfant est unique, chaque enfant a des dons. On m’a dit dans une conférence « les enfants hp ne sont pas des enfants extraordinaires » : j’ai répondu que pour moi, tous les enfants, hp ou pas, étaient « extraordinaires »
  • Le fameux marronier de l’échec scolaire – 2/3 des enfants hp seraient en échec scolaire. Un chiffre qui a été repris dans la presse quotidienne la plus sérieuse – sans que jamais n’en soit apportée la preuve. En fait, ce pourcentage a été tiré d’une étude américaine faite par Lewis Terman, de l’Université de Stanford, commencée en …1928, et effectuée sur un échantillon extrêmement discutable …Peut-on dire, « autre temps, autres mœurs » ? Ce pourcentage sans aucun fondement est pourtant un sujet majeur d’inquiétude pour la plupart des parents d’enfants à haut potentiel.

Ici, un des intervenants expliquent qu’une psychologue teste régulièrement des enfants en échec scolaire, et que rares sont ceux qui sont surdoués …Un syllogisme bien bancal – certes, il ne faut pas supposer que tous les enfants en échec sont à haut potentiel – mais dans ma pratique, les cas ne sont pas si rares que ça !

  • Jeanne Siaud –Facchin aurait dit qu’un enfant avec un QI de 140 pouvait ne pas être précoce. Etrange histoire …Une pipe n’est pas une pipe, certes – mais autant un enfant hp peut rater sciemment – ou pas – un test de QI, autant un enfant non hp peut difficilement devenir hp par miracle …ou alors, le psychologue ne sait pas faire passer un wisc
  • Les enfants hp moins angoissés ?? là encore, je m’inscris en faux – ils n’ont pas seulement des angoisses métaphysiques. En effet, ils s’interrogent sur la mort, sur le monde, sur l’univers – récemment, l’un d’entre eux m’a raconté des choses passionnantes sur l’espace-temps, et ce qui se passerait si la machine à remonter le temps existait. Il avait huit ans. Ils sont angoissés par les résultats scolaires, par le couple de leurs parents, par des situations du quotidien que leur hypersensibilité peut rendre délicates  – un peu plus tard il y a une prévalence de troubles alimentaires et d’auto-mutilation …Alors si, ils sont angoissés ! Mais heureusement, s’ils sont repérés à temps, on peut les aider …

A part ces quelques points, l’émission est intéressante – on aurait pu citer plus d’ouvrages…

Je recommande en tout cas l’ouvrage de Nicolas Gauvrit – pertinent, clair, sans inexactitudes.

Une nouvelle naissance pour le domaine du haut potentiel : CEPHOA

A un mois de Noël, je vous annonce la naissance d’un grand projet qui je l’espère aidera un grand nombre d’enfants et leurs familles. Depuis quelques années déjà, vous entendez dire que l’intelligence ne se résume pas à un simple QI. Certains chercheurs ont parlé de 3, voire de 9 types d’intelligences (Sternberg, Gardner) …Vous trouverez plus de détails dans d’autres articles de ce blog.

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Elle est donc née ….L’association CEPHOA, association à but non lucratif consacrée au haut potentiel. Elle a été créée et est animée par des universitaires et des professionnels spécialistes du sujet, de l’université Paris 5 et en lien avec le CNAHP de Rennes.

Renseignements sur http://cephoa.fr

Pourquoi donc ne mesure-t-on en général que le QI lorsqu’on veut savoir si son enfant est à haut potentiel ? Certes, pour l’Education Nationale – donc en France – on continue à identifier les enfants HP par un QI supérieur ou égal à 130 (deux écarts-type au-dessus de la moyenne). Mais un enfant n’EST PAS un QI – c’est avant tout un enfant avec une personnalité, des traits de caractère – et un enfant à haut potentiel n’est pas simplement un enfant « plus intelligent que la moyenne », mais un enfant avec un fonctionnement particulier.

 

De plus, le côté créatif du haut potentiel est souvent négligé – or, cette créativité doit être évaluée pour pouvoir être soutenue et développée.

Les objectifs de l’association CEPHOA sont pluriels – d’un côté, aider à l’identification des enfants HP et à leur accompagnement. Ensuite, d’apporter un soutien aux familles, et d’avoir un discours scientifique sur le sujet du HP, ni alarmiste ni angélique, mais qui s’appuie sur des réalités. Enfin, de contribuer à de nouvelles découvertes, en soutenant la recherche universitaire dans le domaine et en diffusant des informations scientifiques par des communications et des articles.

Aidez vos enfants à développer leur potentiel – et à réfléchir 🙂

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Petits rappels sur le QI, les tests et le haut potentiel

Les premières épreuves mesurant « l’intelligence » remontent au début du 20ème siècle, avec les tests de Binet en France et de Wechsler aux Etats-Unis. Au départ, ces chercheurs s’intéressent bien aux enfants « hors normes », mais, dans le cas de Binet, lorsqu’il est chargé de mission par le Ministère de l’Education Nationale en 1904, c’est pour dépister les enfants qui présentent des difficultés d’apprentissage scolaire, enfants qui auraient un âge mental inférieur à leur âge physique. Il invente donc un test, le Binet-Simon, qui sera utilisé pendant de nombreuses années, repris aux Etats-Unis sous la forme du Stanford-Binet, et qui détermine un âge mental. Les premières études sur les « surdoués », après celles sur les « génies » de Francis Galton en Grande-Bretagne au 19ème siècle, commencent avec Lewis Terman aux Etats-Unis à Stanford, en 1921, qui suivra longitudinalement sur plusieurs dizaines d’années environ 1500 enfants surdoués  identifiés par le Quotient Intellectuel (QI) obtenus au test de Stanford –Binet, dans le but original de démontrer l’hérédité de l’intelligence.

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Potentielle cerise …

A la suite de Binet, Wechsler définit l’intelligence comme « la capacité globale ou complexe de l’individu d’agir dans un but déterminé, de penser d’une manière rationnelle, et d’avoir des rapports utiles avec son milieu » (Wechsler, 1956). Il conçoit l’intelligence comme une organisation particulière de différentes compétences, et invente pour la mesurer la WISC (Wechsler Intelligence Scale for Children), dont la version IV est utilisée mondialement en France aujourd’hui, en particulier en France.

Depuis, et en particulier dans la seconde moitié du XXème siècle et au début du XXIème siècle, les conceptions de l’intelligence ont évolué, d’une approche globale vers des modèles pluridimensionnels, comme ceux de Sternberg, de Renzulli ou de Gardner. L’abandon d’une conception unitaire (centrée uniquement sur les tests de QI et les aptitudes logico-mathématiques et verbales) ne pouvait que réorienter le regard porté sur les enfants à haut potentiel (Lautrey et Huteau, 1999 cités par Pereira, 2005). Dès les années 1950, Hollingsworth définit des liens entre très haut potentiel intellectuel et talent artistique (McClellan, 1985). Elle est suivie par Guilford, qui relie haut potentiel et créativité, et le rapport Marland de 1972 aux Etats-Unis étend le haut potentiel à d’autres domaines, comme le domaine artistique ou les relations sociales.

La deuxième moitié du XXème siècle et le début du XXIème sont marqués par des tentatives de modélisation de la personnalité et du style de pensée des individus. Ces recherches trouvent leurs racines dans la nouvelle conception de l’intelligence comme un ensemble de compétences et partent du constat que souvent, les tests d’aptitudes et l’évaluation scolaire ne suffisent pas à reconnaître les talents d’un individu. Ainsi, des enfants à haut potentiel se trouvent en difficulté dans leur environnement scolaire, et des vies entières peuvent être gâchées. Dans notre société majoritairement focalisée sur la réussite scolaire comme critère d’accomplissement du soi, le style de pensée est un critère qui pourrait être davantage pris en compte.

La notion de style de pensée apparaît en psychologie dans les années 1960, pour établir un lien entre les sciences cognitives (qui étudient la manière dont les individus perçoivent, apprennent et pensent) et les théories sur la personnalité. Plusieurs styles ont été proposés, souvent plus proches de la cognition que de la personnalité.

Déjà dans la première partie du XXème siècle, Binet postulait qu’un sujet se caractérisait par un ensemble de traits cohérents et Thurstone qu’on pouvait à partir de l’étude des fonctions cognitives procéder à des inférences sur la personnalité.

Pour Clarke (1992) les nouvelles découvertes dans le domaine du fonctionnement du cerveau et de la cognition permettent de mieux comprendre l’intelligence et les processus cognitifs impliqués dans l’apprentissage et le développement de l’intelligence performante. Le haut potentiel intellectuel (« giftedness ») peut se manifester de nombreuses manières, allant de compétences cognitives hors normes et des hautes performances scolaires associées à une grande créativité dans différents domaines artistiques, en passant par des capacités de leadership remarquables.  La manière dont le haut potentiel s’exprime dépend de la structure anatomique et génétique d’un individu, mais aussi de l’aide et des opportunités qui lui seront apportées par l’environnement lors de son développement. Le développement de l’intelligence dépend de l’interaction entre l’héritage biologique et les opportunités offertes par le milieu : il s’agit d’un processus dynamique.

En France, on s’appuie le plus souvent sur la définition de l’enfant « surdoué » ou « précoce », comme identifié par un QI supérieur à 130 ( moyenne + 2 écarts-types, représentant 2,2 % d’une classe d’âge) obtenu au WISC –IV (Echelle d’Intelligence de Wechsler pour enfants). L’inconvénient de ce mode d’identification est de ne refléter qu’une partie des compétences de l’enfant, la partie la plus reconnue sur le plan scolaire, c’est-à-dire les compétences langagières, logico-mathématiques et spatiales.

Pour Sternberg et Wagner (1982), le haut potentiel serait le résultat d’une gestion mentale optimale composée de trois éléments : l’adaptation à l’environnement, le choix de nouveaux environnements et l’aménagement de ces environnements. Selon eux, la base du haut potentiel réside dans trois processus qui doivent être performants : le tri sélectif de l’information pour ne conserver que les composantes utiles et pertinentes à la situation, la combinaison d’éléments d’information distincts pour former un tout cohérent et la mise en relation de l’information récemment acquise avec l’information acquise précédemment. Sternberg définit donc une théorie triarchique de l’intelligence – intelligence analytique, intelligence pratique et intelligence créative. Pour lui, les tests classiques ne mesurent que l’intelligence analytique (raisonnement, acquisitions verbales, facteur g…) mais cette intelligence ne suffit pas à l’adaptation à l’environnement. Il existe donc selon lui une intelligence pratique – qui est observée dans le comportement social et consiste à acquérir et à utiliser efficacement les connaissances tacites – et une intelligence créative qui sert à inhiber les connaissances déjà acquises sur une situation de manière à dégager des ressources cognitives permettant de produire une réponse nouvelle, originale et adaptée à la question.

Il insiste sur les capacités de résolution de problèmes et considère que l’élève « surdoué » est celui qui traite rapidement l’information et utilise de manière optimale ses trois intelligences.

Pour Sternberg (2002), « être ‘doué’  ne dépend pas seulement de votre bagage de connaissances, mais de la manière dont vous utilisez ces connaissances. Vous pouvez trouver des gamins qui réussissent très bien aux examens mais qui utilisent leurs connaissances à des fins égoïstes ou même destructrices. Regardez Enron. Il y a plein de gens intelligents là-bas. Ils sont analytiques, créatifs, et ont beaucoup de talents pratiques, mais ils ont l’air bêtes. Il leur manque la sagesse. Ce sont pourtant des gens intelligents ”[1]

2        Compétences cognitives des enfants à haut potentiel : la différence historique

Comme nous l’avons dit précédemment, si on envisage le haut potentiel en tant que potentiel cognitif, on peut relever certaines différences entre les enfants à haut potentiel et les enfants tout venants. Selon Winner (1996), ils se caractérisent par une vitesse de compréhension et un apprentissage rapide. Entre 0 et 3 ans, ils se développent en moyenne précocement sur le plan psychomoteur et sur le plan du langage, avec un vocabulaire riche, une appétence pour la lecture et l’écriture. Ils font également preuve de capacités mémorielles exceptionnelles, aussi bien à court terme qu’à long terme, présentant une plus grande maturité de l’organisation en mémoire à long terme (Geary et Brown, 1991) et utilisent des stratégies plus efficaces dans les épreuves d’apprentissage catégoriel ( Harnishfeger et Bjorkund, 1990 ; Gaultney et al., 1996, cités par Jambaqué, 2006). Selon Jambaqué (2006), ces enfants possèdent très tôt des aptitudes au raisonnement qui s’appuient sur de grandes capacités de traitement de l’information (détection, discrimination perceptive, stockage et rappel), des processus analytiques performants (comparaison de traits, configuration mentale).

Selon Vaivre-Douvret (2004), les épreuves cognitives mettent en évidence des capacités praxiques et visuo-spatiales et des fonctions exécutives performantes. Elle suggère également un lien avec la latéralité plus précoce dans l’hémicorps droit, signifiant une prédominance de l’hémisphère cérébral gauche.

Sur le plan neurologique, on observe des différences dans la structure corticale, dans l’activation et le fonctionnement des zones du cerveau et de l’organisation de la substance grise et blanche du cerveau chez les individus à haut potentiel par rapport aux individus tout venants.  Il semblerait de plus que chez les individus à haut potentiel, il y ait une forme d’équipotentialité hémisphérique. (Winner, 1996)

[1] « Being gifted is not just about the knowledge you have, but how you use it. You can get kids who do terrifically well on tests but who use their knowledge for their own selfish or even destructive ends. Look at Enron. You have a bunch of bright people there. They are analytical, creative and have a lot of practical skills, but these people seem foolish. They lack wisdom. They are people who are very smart but not wise. »

— Robert J. Sternberg, IBM Professor of Psychology and Education, « Looking for a Few Wise Children; In the Confused Arena of the Gifted and Talented, Researcher Suggests a New Basis For Selecting Students, » The Washington Post, Sept. 17, 2002.